CHAPITRE XVI

Borleias

L’expédition de Luke revint sur une planète qui avait beaucoup changé – en tout cas à proximité du complexe de biotique et des autres zones tenues par les forces de la Nouvelle République.

Tout s’était dégradé. Luke et Kell avaient dû manœuvrer le Triste Vérité à travers plusieurs lignes de défense composées de mines de basals dovin et de formations de coraux skippers. Un appareil conduit par des pilotes moins talentueux aurait immanquablement explosé.

Les installations qui entouraient le bâtiment principal s’étaient écroulées sous les assauts des navires ennemis. Les attaques incessantes d’escadrons de coraux skippers contre les vaisseaux en orbite avaient transformé le Lusankya en épave volante et gravement endommagé les autres croiseurs et destroyers.

L’Escadron Lune Noire, une des unités d’élite, avait déjà perdu trois pilotes, dont le commandant et son second. Les pilotes, les soldats et les équipes résistaient par miracle, tenant parfois à peine debout quand ils prenaient la relève.

Mais quelques heures après son retour, Luke commença à voir sous la surface.

Kyp Durron accueillit le Maître Jedi avec un sourire sincère. Après avoir écouté avec patience le récit du combat contre Lord Nyax, il ne trouva rien à critiquer.

Décontractés, Yan et Leia échangeaient des propos dépourvus de tension sous-jacente. Conscient de l’imminence de l’assaut final des Yuuzhan Vong, ils avaient retardé leur prochaine mission pour fournir à Jaina tout le soutien dont elle pourrait avoir besoin.

Jaina aussi avait changé, semblant plus calme. Elle souffrait toujours autant de la perte de ses frères et combattait les Yuuzhan Vong avec autant d’ardeur qu’avant, mais elle avait trouvé un équilibre et ne dérivait plus vers le Côté Obscur de la Force.

Elle souriait volontiers.

La famille de Luke, récemment écartelée, était en train de guérir.

 

La réunion se déroulait dans le mess du complexe de biotique qui ne servirait plus jamais de salle de restaurant. Les chaises étaient disposées d’un seul côté des tables, afin que tout le monde puisse voir le podium installé au fond de la grande pièce. Le général Wedge Antilles, le colonel Tycho Celchu et Luke Skywalker y avaient pris place. L’auditoire se composait de chefs de divisions, de leaders d’escadrons, de capitaines de vaisseaux, d’espions, de Jedi…

— Le Lanceur d’Etoiles, dit Wedge, est une superarme basée sur une technologie très analogue au canon principal d’une Etoile Noire. Mais il y a des différences notables. D’abord, le Lanceur d’Etoiles déforme l’espace et le temps pour projeter sa force destructrice dans l’hyperespace. Il autorise une frappe contre des systèmes stellaires situés à des années-lumière de distance.

Les murmures de tous ceux qui découvraient le projet secret emplirent la salle, sans couvrir le bruit de fond des bombardements yuuzhan vong. Les forces de la Nouvelle République n’étaient plus en état de repousser l’ennemi. Quelques escadrons de pilotes épuisés défendaient toujours le complexe de biotique, mais sans pouvoir assurer une protection complète.

Wedge tendit un doigt vers un endroit où le vide fut aussitôt remplacé par une image holographique. Le tour de passe-passe était facile, puisque Tycho savait à quel moment activer l’holoprojecteur, mais le général estimait que la foule méritait un peu de glamour. Iella, assise à l’arrière de la salle, sourit en voyant son mari jouer les prestidigitateurs.

Dans le vide spatial, l’hologramme montrait quatre vaisseaux, trois étant rigoureusement identiques : ils ressemblaient à des cockpits d’ailes Y reliés à un grand tube, un troisième étant attaché au centre de la jonction. A l’arrière du quatrième appareil, assez similaire, trois tubes partaient en étoile. Un quatrième saillait vers l’avant.

Les trois engins identiques se séparèrent pour former un triangle. Le quatrième se plaça au cœur de la formation.

— Cette animation n’est pas à l’échelle, expliqua Wedge. Les vaisseaux sont éloignés de plusieurs secondes-lumière. Ensuite, ils exécutent la séquence d’activation.

Les deux tubes extérieurs des appareils identiques crachèrent des rayons qui se réunirent pour former un triangle. Alors chaque tube central tira une salve sur le navire du milieu.

Le quatrième tube de ce vaisseau émit un rayon laser beaucoup plus brillant qui s’élança dans l’espace… et disparut.

— Le Lanceur d’Etoiles utilise un cristal lambent géant, une arme vivante élaborée selon les méthodes yuuzhan vong, pour focaliser sa puissance et réaliser l’hyperaccélération que j’ai mentionnée. A présent, il est prêt.

« Au fait, la deuxième différence entre cette arme et le canon principal de l’Etoile Noire est la suivante : le Lanceur d’Etoiles est un leurre. Il ne fonctionne pas.

Les murmures augmentèrent d’intensité. Luke sourit.

Wedge éleva la voix pour rétablir le silence :

— Le projet Lanceur d’Etoiles est destiné à imposer aux Vong présents dans ce système le moment où ils lanceront leur assaut final contre nous. Ils « savent » quelle menace cette arme présente pour eux, puisqu’ils peuvent la comparer au cristal lambent du sabre laser d’Anakin Solo. Ils la jugent aussi comme une offense. Ils pensent que nous nous sommes appropriés leur procédé, et cela les ulcère. Et ils « savent », une fois le Lanceur d’Etoiles terminé, que nous pourrons détruire leur vaisseau-monde en orbite autour de Coruscant. Car nous avons organisé une petite démonstration bidon en plaçant à l’extérieur du système un grand navire qui a attaqué le vaisseau-monde aux lasers au moment même où nous effectuions un « tir d’essai » avec notre dispositif. En conséquence, les Vong « savent » une chose : dès la mise en service du Lanceur, ils devront nous frapper de toutes leurs forces.

« Cette attaque les distraira assez pour nous permettre de procéder à l’évacuation complète de ce complexe… et de les frapper d’une manière qu’ils n’ont pas prévue.

Tous furent ravis d’entendre ça. Wedge vit ses officiers échanger des regards soulagés.

— Oui, notre combat ici n’est pas une mission suicide, contrairement à ce qui a été raconté ici et là.

En quelque sorte, il s’agissait d’une tromperie… puisque le Conseil consultatif et le chef de l’Etat autoproclamé, Pwœ, avaient bien prévu que ce serait une mission suicide. Mais Wedge s’était octroyé une certaine marge de manœuvre pour interpréter ses ordres.

— Au cours des derniers jours, les blessés et le personnel auxiliaire ont été évacués – dans des conditions très inconfortables, je le crains – vers nos transporteurs et nos cargos. Tycho ?

Le colonel se leva et appuya sur une touche de son databloc.

— Vos ordres actualisés viennent de vous être transmis. Vous disposez d’une heure avant le début de l’action. S’il y a des choses sur ce caillou que vous voulez emporter, allez les chercher vite !

— Si vous avez des questions, posez-les à vos supérieurs, conclut Wedge. Inutile de rester ici. Rompez.

Les officiers quittèrent la salle.

— Comment trouves-tu ton nouvel escadron ? demanda Wedge à Luke.

— Pas mal. Mon prédécesseur préférait la discipline au talent, mais les pilotes sont très déterminés. Nous y arriverons.

Le général rappela un officier qui venait juste d’atteindre la porte :

— Eldo ! Un instant, s’il vous plaît.

Le capitaine du Lusankya se retourna et revint sur ses pas. Son expression était plus difficile à interpréter qu’à son arrivée sur Borleias, où il n’était que confusion et inquiétude.

— Mon général ?

— Sachez que je suis désolé d’avoir bousillé votre commandement. Je veillerai à ce que cet incident ne nuise pas à votre carrière.

— Nuire ? répéta Eldo. Général, je vais piloter seul le chasseur stellaire le plus grand et le plus terrifiant que l’univers ait connu. Vivant ou mort, j’entrerai dans l’histoire.

— Voilà une façon intelligente de voir les choses. Bonne chance !

 

Luke s’installa dans le cockpit de son aile X avec un petit soupir de satisfaction. Pendant son absence, Antilles s’en était servi, et il l’avait fait entretenir avec le soin monomaniaque qu’un autre pilote de chasseur savait apprécier.

— Comment ça va, R2 ?

Le trille du petit droïd exprima clairement sa joie d’être de nouveau au cœur de l’action.

— Leader Lune Noire à l’escadron, dit Luke. Leader prêt. Rapport dans l’ordre des numéros !

— Lune Noire Deux, prêt.

Mara volait dans l’aile E de l’ancien commandant de l’escadron. Il n’avait pas péri au combat. Le stress avait fini par faire de lui une épave paranoïde, incapable de conduire un landspeeder, sans parler d’un appareil de guerre.

— Lune Noire Trois, prêt.

— Lune Noire Quatre, impatient de foncer.

Luke regarda les pilotes du Lanceur d’Etoiles sortir leur navire de la baie des opérations spéciales. Les trois appareils d’angle n’avaient pas changé, mais le quatrième avait reçu un ajout : dans le compartiment des astromecs, situé derrière le cockpit, on avait installé une gemme de la hauteur d’un humain. Dépassant de la coque, elle brillait de mille feux sous la lumière du soleil. Identique au cristal détruit par un espion yuuzhan vong dans les sous-sols du complexe de biotique, elle était tout aussi contrefaite.

Quelque part dans la jungle, les sentinelles ennemies verraient le spectacle et se précipiteraient sur leurs villips pour informer leurs supérieurs.

L’un après l’autre, les escadrons d’élite cantonnés dans les zones spéciales du centre de biotique pendant des semaines, histoire de renforcer l’impression que c’était le point le plus critique de la défense de Borleias, s’alignèrent, prêts au décollage : L’Escadron Rogue de Gavin Darklighter, les Soleils Jumeaux de Jaina Solo, les Chevaliers Sauvages de Saba Sebatyne, les Lunes Noires de Luke, les As Jaunes de Wes Janson, l’Avant-Garde de Shawnkyr Nuruodo. Et le Faucon Millenium.

A moins de deux kilomètres, les escadrons du Lusankya affrontaient des coraux skippers et d’autres vaisseaux. Ils ne recevraient pas de renfort des formations d’élite, car leur mission consistait à tromper l’ennemi.

Sur l’ordre du général Antilles, les Rogues, les Soleils Jumeaux et les Lunes Noires décollèrent, suivis par les vaisseaux tubes du Lanceur d’Etoiles.

Puis les escadrons restants s’élevèrent, accompagnés d’un convoi composé de chasseurs, de destroyers et d’un cargo léger. En un sens, il s’agissait d’une des armadas les plus dangereuses que la Nouvelle République ait jamais envoyée au combat.

 

Sur son holo-écran, Wedge suivait le départ des troupes du projet Lanceur d’Etoiles.

— Préviens le Lusankya, dit-il à Tycho. Dès que la poursuite commencera, il doit lancer l’opération Epée de l’Empereur.

 

— J’y vais, répondit le colonel.

— Voilà le début de leur assaut pour anéantir mon fils, dit Czulkang Lah à Harrar.

— Comment cela se passera-t-il ? demanda le prêtre.

— Les meilleurs pilotes protègent les navires porteurs du cristal lambent. Ils s’attendent à ce que nous envoyions des hordes de coraux skippers contre cette flotte. Quand nos vaisseaux s’arrêteront pour attaquer, ils déclencheront des dispositifs censés perturber nos yammosks et empêcher la communication entre nos unités. (Le commandant suprême sourit malgré sa quasi-absence de lèvres.) Mais ça ne se passera pas ainsi. Quelques instants après l’engagement de nos forces, des mines mobiles de basals dovin entreront en jeu et dégarniront les boucliers des ennemis. Tous les pilotes de ce détachement ont été entraînés spécialement pour prendre des initiatives individuelles. La fin du contrôle par le yammosk ne les dérangera pas le moins du monde. Les combattants les plus célèbres seront submergés et vaincus. Et le cristal sera éliminé. Ensuite, puisque les soldats stationnés sur la planète sont affaiblis, nous conquerrons le complexe sans difficulté.

Harrar hocha la tête. La confiance de l’ancien maître de guerre était rassurante, en ces temps incertains.

— Tous ces guerriers individuels… savent-ils qu’il ne leur faut pas toucher à Jaina Solo ?

— Oui, bien sûr.

— Que les dieux te sourient, Czulkang Lah.

— Qu’il en soit ainsi. A présent, la bataille va demander toute mon attention…

Harrar s’inclina avant de partir. Il ne le montrait pas, mais il était très content. Enfin, les objectifs des Yuuzhan Vong dans le système Pyria allaient être atteints.

 

Danni Quee bascula le réseau com des Chevaliers Sauvages sur la fréquence générale.

— Ici Sauvage Un. Les relevés gravifiques suggèrent qu’une grosse formation de coraux skippers arrive sur nous. Au minimum cent vaisseaux. Temps estimé jusqu’à interception : dix minutes.

— As Un à Sauvage Un. Ça ira pour les As Jaunes, mais qu’allez-vous faire ?

— Leader Rogue à As Un : écrase un peu !

— Correction : les capteurs indiquent un nombre plus important, au moins cent cinquante appareils.

— Voilà qui est mieux !

— Maintenant ? demanda Tycho.

Wedge réfléchit, toujours concentré sur l’écran où s’affichaient les corrélations de toutes les données provenant des différents escadrons. Puis il hocha la tête.

— Lusankya, commencez l’opération Epée de l’Empereur.

Après avoir écouté la réponse, Tycho confirma :

— Le Lusankya est parti.

— Commence l’évacuation du complexe.

Tycho reprit son comlink.

— Début d’Insecte-piranha. Je répète : début d’Insecte-piranha !

— Embarque sur le Mon Mothma, Tycho ! Si tu perds le contact avec moi, prends le commandement de l’opération.

— D’accord.

— Et veille à ce que ma navette soit prête au départ. Je n’ai pas envie de trouver seulement un mot d’excuse quand je pourrai me tirer d’ici…

Souriant, Tycho tendit la main au général.

— Que la Force soit avec toi.

— Si elle l’est, comment le saurais-je ? répondit Wedge en acceptant la poignée de main de son ami.

 

— Le Lusankya quitte l’orbite, annonça Kasdakh Bhul. Les rapports indiquent que des chasseurs sortent de son ventre pour l’escorter.

Czulkang Lah fronça les sourcils.

— Ne m’avais-tu pas dit que tous les combattants étaient au sol pour défendre la base ?

— Oui, Czulkang Lah.

— Et alors ?

— Nos agents de la Brigade de la Paix nous ont communiqué ce renseignement, fondé sur les conversations entre leurs chasseurs et les vaisseaux triangle.

— Ces conversations visaient à répandre des mensonges !

— C’est ce que je pense.

— Rassemble ces agents sur un de nos navires. Fais-en tuer un pour racheter cette erreur. Chaque fois qu’une erreur de ce type nous coûtera des vies, fais-en abattre un autre.

— Il en sera fait selon vos ordres.

Kasdakh Bhul se concentra sur l’examen des images produites par les scarabées-éclairs et l’écoute des villips installés le long du mur.

— Le vaisseau triangle rouge quitte l’orbite.

— Bien. Ce sera une proie facile, car il est faiblement armé.

Czulkang Lah se tourna vers son commandant de flotte.

— Envoie deux mataloks pour éliminer cette atrocité.

— Il en sera fait selon vos ordres.

 

Le Lusankya vira avec une lenteur maladroite qu’un capitaine de destroyer n’aurait jamais tolérée de la part de son pilote. La manœuvre avait été mal calculée et il fallut un retour de quelques degrés vers tribord pour obtenir l’alignement correct du gros vaisseau.

Puis les moteurs le lancèrent sur la trajectoire qui le mènerait vers le vaisseau-monde du Domaine Hul.

 

— Nombre définitif : deux cent dix coraux skippers, annonça Danni Quee. Avec deux des nouvelles anomalies gravifiques dans leur sillage. Temps estimé jusqu’à interception : trois minutes !

— A tous les escadrons, dit Luke, faites demi-tour ! Revenez sur vos pas et lancez l’étape deux après un compte à rebours d’une minute. Le compte à rebours commence… maintenant !

Les deux croiseurs yuuzhan vong approchaient de l'Aventurier Errant par les deux flancs.

L’Aventurier Errant était à l’origine un destroyer impérial que le contrebandier Booster Terrik avait capturé et transformé en hôtel et salon de jeu volant. Sa couleur rouge criard, inhabituelle pour un vaisseau de sa catégorie, était à peine adoucie par quelques traces de batailles et par les éclairages réglementaires. Facile à repérer, il avait été épargné par les Yuuzhan Vong, qui jugeaient d’autres cibles prioritaires. Du coup, l'Aventurier, sans être inquiété, avait pu transporter en sécurité les enfants Jedi et effectuer d’autres missions hors du système de Pyria.

A présent, son heure était venue. Alors que les deux mataloks fonçaient sur lui, ses défenses pitoyables ouvrirent le feu pour « piquer » les vaisseaux ennemis – comme l’aurait fait un moustique face à un mammouth.

Les commandants yuuzhan vong ripostèrent sans utiliser à fond leurs canons à plasma, attendant d’être plus près pour infliger de véritables blessures au navire rouge.

Un instant avant qu’ils arrivent à la distance optimale, les autres équipements de l'Aventurier Errant entrèrent en action.

Quand le destroyer impérial se fut positionné pour viser chaque matalok avec le plus grand nombre d’armes possible, une trentaine de batteries de turbolasers tirèrent sur chaque cible, transformant les coques ennemies en enveloppes surchauffées, et très vite inutiles.

En quelques secondes, un nuage de gaz et de débris devint la seule preuve de l’existence des deux mataloks. Leurs commandants ne comprendraient jamais la supercherie dont ils avaient été victimes : à mesure que le Lusankya subissait des dégâts, la majeure partie de ses turbolasers et de ses canons ioniques avait été transférée sur les autres grands vaisseaux de la flotte. Ceux-ci conservaient leur pleine puissance destructrice, le prétendu navire amiral n’étant plus que la coquille vide d’un destroyer…

L’Aventurier Errant continua sa course jusqu’aux limites de l’attraction de Borleias, puis sauta dans l’hyperespace.

 

Aux commandes d’un des escadrons qui avançaient sur les vaisseaux tubes et leur cristal hérétique, Charat Kraal poussa un soupir de satisfaction. Il suffirait de retenir les chasseurs ennemis dans cette zone assez longtemps pour que les mines de soutien arrivent. Alors, celles qui étaient affectées à l’aile X de Jaina Solo s’en empareraient et l’amèneraient à lui.

Le chasseur de la Jumelle volait au milieu du nuage d’appareils. Le basal dovin spécialement développé pour reconnaître la signature gravifique du vaisseau de la « jumelle », puis installé dans le corail skipper de Charat Kraal, l’avait détecté et exprimait son plaisir par un bourdonnement permanent audible dans le capuchon cognitif.

La force ennemie, divisée en escadrons, était à quelques secondes de la distance de feu maximale. Charat Kraal sélectionna une cible au sein de l’unité de Jaina Solo : l’appareil portant des attributs en forme de griffes.

Soudain, tous les vaisseaux des infidèles disparurent.

Ebahi, Charat Kraal interrogea son basal dovin : Où est passée ma cible ?

Le basal dovin n’en savait rien…

En revanche, les quatre vaisseaux tubes volaient toujours à la même distance. Charat Kraal dirigea son corail skipper vers eux et reprit la poursuite, comme les autres membres de sa puissante formation.

Très vite, ils furent à portée de tir des blasphèmes volants. Avec un mépris croissant, le guerrier vit les premières salves s’abattre sur l’ennemi. Les vaisseaux tubes ne réagirent pas. La peur paralysait sûrement leurs pilotes, trop inexpérimentés.

Charat Kraal se força à rejeter cette idée, qui n’avait aucun sens. Même un novice aurait tenté une manœuvre d’évasion pour s’éloigner de la ligne de tir.

Et là, aucun mouvement. Un à un, les quatre navires explosèrent sous les coups des canons à plasma, celui qui portait le cristal lambent se désintégrant en dernier.

Une pensée effrayante traversa l’esprit de Charat Kraal : Etaient-ils occupés par des êtres vivants ? Ou commandés par d’autres abominations ?

 

La mine contrite, Kasdakh Bhul annonça les mauvaises nouvelles à Czulkang Lah :

— Les coraux skippers lancés à la poursuite des vaisseaux porteurs du cristal rapportent que les chasseurs qui les protégeaient ont disparu.

— Disparu ? Ont-ils fui ?

— Non… Il semble s’agir d’un saut classique dans l’hyperespace. Et ce n’est pas tout.

— Parle !

— Les mataloks chargés de détruire le vaisseau rouge ont disparu, comme le vaisseau rouge lui-même.

— Tous détruits ? Quelle combativité pour un navire si mal équipé !

— Nous n’en savons rien… Il n’y a pas eu de rapports des commandants des mataloks parlant d’une lutte farouche.

Malgré sa colère, Czulkang Lah ne s’en prit pas à Kasdakh Bhul. Le guerrier n’était pas très intelligent, mais il fallait du courage pour annoncer des nouvelles aussi tragiques à un officier supérieur.

Et pour être tragiques, elles l’étaient ! Des questions sans réponse s’accumulaient. Czulkang n’aimait pas ça. Cette situation signifiait qu’il n’avait pas interprété correctement toutes les variables.

Et c’était ainsi qu’on perdait des batailles…

La zone d’attraction de Borleias quittée, le Lusankya activa son hyperpropulsion et abandonna son escorte de chasseurs derrière lui. Le saut lui fit traverser la moitié du système solaire avant qu’une mine de basals dovin l’arrache de l’hyperespace.

L’équipage était préparé à ce type d’événement. A l’échelle des distances stellaires, le navire n’était pas très loin du vaisseau-monde de Czulkang Lah. Un autre saut n’apporterait rien de plus, puisque la région devait être infestée de mines de basals dovin.

L’équipage du Lusankya transmit donc son message sur la fréquence générale de la flotte : Nous sommes arrivés.

Les choses avaient bien changé à bord du vaisseau destiné à recevoir un quart de million de personnes, sans compter les troupes terrestres. Il ne restait plus d’armement à commander, les systèmes environnementaux étaient désactivés quasiment partout, et les communications passaient par de rares canaux. Des droïds démontés et transformés en station-relais s’occupaient des boucliers et de quelques autres systèmes vitaux. Le suivi de la consommation de carburant, des conditions thermiques des moteurs ou des munitions et provisions en stock n’avait plus de raison d’être.

En fait, un seul homme composait l’équipage du grand navire.

Les escadrons qui avaient abandonné les vaisseaux tubes furent arrachés à l’hyperespace par la même mine de basals dovin. Sans délai, ils se placèrent autour du Lusankya.

Des unités de coraux skippers se lancèrent à l’attaque.

 

Le Faucon Millenium quitta l’hyperespace à la lisière des mines de basals dovin les plus fournies, installées dans le vecteur principal d’approche de la planète.

— Je ne détecte aucun corail skipper, annonça Leia.

— Tant mieux. Quelqu’un veut jouer au sabacc ?

Leia foudroya son mari du regard.

— Je plaisantais ! Prépare les leurres gravifiques.

L’ancienne ambassadrice manipula les commutateurs de la console d’artillerie. La séquence d’activation d’un unique missile à concussion avait été remplacée par un système de lancement multiple.

— Cinq au départ, dit Leia.

— Tire le numéro un.

Elle bascula le premier commutateur.

Le Faucon vibra.

Leia suivit le vol du missile au milieu du champ de mines : arrivé à grande vitesse, il ralentit et tourna en direction de la zone de combat.

Il avançait beaucoup moins vite qu’un missile normal.

Les images filaires signalant les endroits où la gravité se modifiait dans l’espace ne bougèrent pas… sauf dans un coin. La pliure se déplaça d’abord lentement, puis accéléra pour suivre le missile.

— Ils mordent à l’hameçon ! jubila Leia.

Le leurre était composé de modules d’instruments qui fonctionnaient selon la technique de simulation de signature gravifique développée par Jaina Solo. Il émettait les mêmes caractéristiques de pesanteur que le Faucon Millenium, comme les quatre autres missiles.

— Tire le numéro deux !

— En réalité, tu aimes la vie militaire, pas vrai ?

Yan sourit.

— Quand je donne les ordres, oui.

— Deuxième missile lancé.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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